L’agression de Matthew Shepard
Deux hommes proposèrent à Matthew Shepard de le ramener chez lui à Laramie. Ce qui suivit changea les États-Unis.
Le soir du 6 octobre 1998, Matthew Shepard était assis au Fireside Lounge de Laramie, une petite ville du Wyoming. L’étudiant de vingt et un ans de l’Université du Wyoming vivait ouvertement son homosexualité et n’était en ville que depuis quelques mois. Au bar, il fit la connaissance de deux jeunes hommes, Aaron McKinney et Russell Henderson. Ils lui proposèrent de le ramener chez lui. Shepard monta dans la voiture.
Il n’arriva jamais chez lui. Les deux hommes le conduisirent à la périphérie de la ville, le dévalisèrent et le frappèrent brutalement avec un revolver. Puis ils l’attachèrent à une clôture en bois dans la prairie glaciale et l’abandonnèrent. Ce n’est qu’environ dix-huit heures plus tard qu’un cycliste le découvrit, prenant d’abord la silhouette immobile pour un épouvantail. Shepard était dans le coma, le crâne fracturé. Il fut transporté dans un hôpital de Fort Collins, au Colorado, où il mourut six jours plus tard sans avoir repris connaissance.
Les auteurs furent rapidement arrêtés et condamnés à la prison à perpétuité. Ils s’étaient fait passer pour gays afin d’attirer leur victime dans la voiture. Le Wyoming ne connaissait alors aucune loi contre les crimes de haine.
L’affaire bouleversa les États-Unis bien au-delà de la communauté queer. Des veillées eurent lieu dans tout le pays, et la pièce de théâtre « The Laramie Project » fit de la ville un symbole. Les parents de Shepard, Judy et Dennis, créèrent une fondation qui lutte encore aujourd’hui contre la haine. Onze ans après le crime, le président Barack Obama signa une loi fédérale contre les crimes de haine qui porte le nom de Shepard, ainsi que celui de James Byrd Jr., un Afro-Américain assassiné au Texas la même année.
Vingt ans après sa mort, les cendres de Matthew Shepard furent inhumées dans la cathédrale nationale de Washington. Ses parents avaient longtemps hésité à lui donner une tombe. Ils craignaient qu’elle ne soit profanée.