Le référendum qui échoua devant des bureaux de vote vides
L’Église et les partis voulaient barrer la route au mariage pour tous en Roumanie. Mais les électeurs leur firent faux bond.
Lorsque les bureaux de vote fermèrent en Roumanie le soir du 7 octobre 2018, une chose apparut rapidement : le référendum sur le mariage avait échoué. Ce ne furent pas les voix contre qui firent la différence, mais les nombreuses personnes restées à l’écart du scrutin.
Pendant deux jours, les électeurs avaient pu décider si la Constitution devait désormais définir explicitement le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme. Jusque-là, elle parlait d’« époux » de manière neutre quant au genre. La modification aurait dressé un obstacle constitutionnel supplémentaire à une future ouverture du mariage aux couples de même sexe. La « Coalition pour la famille », conservatrice, avait recueilli environ trois millions de signatures à cet effet. Les deux chambres du Parlement approuvèrent le projet, l’Église orthodoxe mobilisa pour le vote, et presque tous les partis représentés au Parlement soutinrent la modification.
Les sondages laissaient prévoir un oui net. Pour que le résultat soit valable, il fallait toutefois qu’au moins trente pour cent des électeurs participent. En réalité, seule une personne sur cinq environ se rendit aux urnes. La grande majorité des suffrages exprimés allèrent certes au oui, mais en raison de la faible participation, le référendum resta invalide.
Beaucoup restèrent délibérément chez eux. Des observateurs y virent aussi une protestation contre les sociaux-démocrates au pouvoir. Leurs critiques leur reprochaient de vouloir détourner l’attention d’affaires de corruption avec ce vote. En même temps, la campagne avait attisé l’hostilité envers les gays et les lesbiennes.
À Bucarest, des militantes et militants queer célébrèrent l’échec le soir même. Peu après, le gouvernement annonça une loi sur le partenariat enregistré. Elle ne fut cependant jamais mise en œuvre. Plus tard, la Cour européenne des droits de l’homme condamna la Roumanie pour l’absence de reconnaissance juridique des couples de même sexe.
L’abstention ne permettait certes pas de conclure à une majorité en faveur de l’ouverture du mariage. Mais le référendum montra que le soutien à une modification de la Constitution était bien moins mobilisable que ne l’avaient cru ses plus bruyants partisans.