Une phrase de la Constitution, décidée dans les urnes
Premier pays au monde, l’Irlande dit oui au mariage pour tous par référendum. Une seule circonscription vota contre.
Le 22 mai 2015, les Irlandaises et les Irlandais se rendirent aux urnes pour décider d’une seule phrase de leur Constitution. Le mariage devait désormais pouvoir être contracté par deux personnes, sans distinction de sexe. L’Irlande devint ainsi le premier pays au monde à ouvrir le mariage aux couples de même sexe par référendum.
Le résultat fut net. Quelque soixante-deux pour cent votèrent oui ; plus d’un million de personnes soutinrent la modification de l’article quarante et un. Une seule circonscription, Roscommon-South Leitrim, dit majoritairement non. Tous les partis du Parlement avaient fait campagne pour le oui. Le lendemain, le résultat fut annoncé au château de Dublin, où des milliers de personnes s’étaient rassemblées. Le ministre de la Santé Leo Varadkar déclara que pour lui, c’était plus qu’un vote, plutôt une révolution sociale. Et le Taoiseach Enda Kenny qualifia son peuple de généreux, compatissant et courageux.
Le contraste avec le passé était grand. Les actes homosexuels n’étaient dépénalisés en Irlande que depuis 1993. Le sénateur David Norris, qui s’était battu presque toute sa vie d’adulte pour l’égalité, se dit fier d’être Irlandais. Sa collègue Katherine Zappone, qui avait épousé au Canada sa femme Ann Louise Gilligan, se dit émue jusqu’au bout des orteils.
L’organisation faîtière ILGA-Europe vécut aussi le résultat sur place, car son conseil d’administration siégeait ce jour-là à Dublin. Elle souligna que les droits humains ne devraient en fait pas être soumis au vote. Le système irlandais avait toutefois rendu le scrutin nécessaire, et à la fin, les droits humains l’avaient emporté.
Entre la dépénalisation et le oui dans les urnes, il ne s’était écoulé que vingt-deux ans.