Deux mères, deux pères, une famille
Depuis 2003, les couples de femmes et d’hommes peuvent adopter en Suède. La joie fut grande, la désillusion suivit vite.
Le 1er février 2003 entra en vigueur en Suède une réforme qui fit pour la première fois de deux mères ou de deux pères des parents aussi sur le plan juridique. Les couples liés par un partenariat enregistré pouvaient désormais adopter ensemble un enfant, aux mêmes conditions que les couples mariés. En outre, un partenaire pouvait adopter l’enfant biologique de l’autre.
Le Riksdag avait déjà adopté la modification en juin 2002 à une large majorité. L’opposition venait surtout des chrétiens-démocrates. Les enfants sans parents avaient déjà la vie difficile, arguaient-ils ; un foyer homoparental serait un fardeau supplémentaire.
La Suède comptait ainsi parmi les premiers pays au monde à ouvrir l’adoption aux couples homosexuels. La joie fut grande. La désillusion vint vite. Robert Skoglund et son compagnon, de Stockholm, furent parmi les premiers couples officiellement reconnus aptes à adopter. Ils n’eurent pourtant pas d’enfant. La plupart des enfants adoptés en Suède viennent de l’étranger, et aucun pays d’origine n’était prêt à les confier à deux hommes ou à deux femmes. Une enquête de la radio suédoise révéla un peu plus de cinq ans plus tard qu’un seul couple homosexuel avait pu adopter un enfant par cette voie.
La loi changea néanmoins le quotidien. Les couples lesbiens surtout recoururent à l’adoption de l’enfant du partenaire. Des enfants qui grandissaient depuis longtemps dans leur famille avaient désormais deux parents légaux, avec toutes les conséquences pour l’autorité parentale et l’entretien. Si l’un des parents disparaissait, l’enfant ne se retrouvait plus sans lien juridique avec l’autre.
Deux ans plus tard, les couples lesbiens obtinrent l’accès à l’insémination artificielle dans le système de santé public ; en 2009 suivit le mariage pour tous. Mais le commencement remonte à ce jour de février où la Suède reconnut pour la première fois les familles arc-en-ciel comme des familles.